Zoobombs arrive sur le label Ouch ! Records avec « Uma Land »
Neuf ans de silence, mille concerts au compteur, et un retour fracassant. Les tokyoïtes Zoobombs livrent avec Uma Land un disque ambitieux : un bloc de rock psychédélique qui sonne un peu comme si Miles Davis, Sun Ra et les Rolling Stones avaient composé ensemble en japonais… A l’occasion de cette sortie, le groupe sera en concert au Sonic à Lyon, le 5 mars avec No Suicide Act, qui sort en parallèle son album live, « Destruction lyrique », également chez Ouch ! Records. Et c’est un véritable événement puisque c’est la première tournée française de Zoobombs en plus de 30 ans de carrière !
Mené par les éternels Don Matsuo (chant, guitare) et Matta (chant, claviers), maintenant accompagné de Reo Saigusa (basse) et Gak Ouchi (batterie), le groupe a connu de nombreuses transformations depuis sa formation, un soir de pleine lune de 1994. Avec une discographie presque infinie à explorer et des centaines de concerts en Australie, aux États-Unis et au Canada, il faudrait un livre entier pour raconter le projet artistique que sont les Zoobombs.
La nouvelle section rythmique donne à l’album sa tension électrique. Don Matsuo l’assume sans détour : « Le renouveau du rythme apporte de nouvelles couleurs. » Le parallèle avec l’arrivée de Steve Jordan dans les Rolling Stones est dans toutes les têtes.
Zoobombs et la production moderne : en finir avec le vintage pour le vintage
Ce qui frappe d’emblée à l’écoute d’Uma Land, c’est la clarté du son. Le disque a été enregistré à Tokyo dans le studio de Hedigan, puis mixé à Montréal par Jean-Luc Dumas, ingénieur choisi par le label québécois P572. Une collaboration transatlantique et transculturelle pensée comme un acte délibéré. Don Matsuo l’explique avec simplicité :
« Pendant dix ans, j’ai tout mixé moi-même. Mais il y a des textures, une profondeur d’air que je n’arrive pas à reproduire seul. Je voulais une oreille occidentale. On est en 2024-2025. Je ne voulais pas faire un disque rétro. Je veux du neuf. »
Le résultat est saisissant : propre sans être aseptisé, moderne sans trahir l’essence du groupe. On entend Pink Floyd dans les nappes de Last Rock ‘n’ Roll Star, un slide guitar qui cite directement Tumbling Dice des Stones, une ouverture qui rappelle Bowie, aussi. L’ensemble reste une œuvre cohérente, organique, résolument actuelle. Onze chansons qui ne cherchent jamais la nostalgie, mais qui la convoquent naturellement.
Zoobombs et le monde : rock, féminisme et étoiles qui s’éteignent
Uma Land n’est pas un album apolitique. Flamin’ Funky Lady, l’un des morceaux fondateurs du projet, puise dans l’ère Abe et dans la polarisation Trump/Biden pour imaginer une héroïne que Don Matsuo voudrait présidente. « Dans l’idéal, je voudrais me tenir du côté féministe. Sinon le monde s’effondre. » La présence de Matta, épouse de Don Matsuo et auteure des visuels, qui dessine la mascotte Kumaku depuis les années 90, ancre ce propos dans une réalité quotidienne, loin du slogan.
Last Rock ‘n’ Roll Star, elle, est une lettre d’amour aux rock stars disparus. Non pas une posture de prétendant au trône, mais une méditation sur l’héritage : « Pendant la création de l’album, j’ai vraiment réalisé combien j’ai reçu d’elles – leur lumière m’a guidé. » La responsabilité de ceux qui restent est de la transmettre – sans copier, sans singer.
Le vinyle lui-même est un objet soigné : pressé, imprimé et assemblé à Québec, avec un visuel de Matta qui porte l’ADN graphique du groupe depuis trente ans. Un disque fabriqué à la main, pour une musique qui ne se laisse pas dématérialiser.
C’est d’ailleurs par ce biais qu’est née l’aventure avec Ouch ! Records. « En 2025, Sam Murdock du label P572 nous a contactés pour réaliser un pressage québécois de l’album Interbellum de No Suicide Act, explique Lionel Martin du label lyonnais. Chose faite avec art et grand soin. Au fil du travail, nous avons fait connaissance, jusqu’à nous retrouver lors de notre tournée en septembre 2025 au Québec. Nous partageons une approche passionnée, assez similaire dans le côté No Borders aussi. Sam me fait alors découvrir les Zoobombs, me parle de son rapport à ce groupe, et me propose de m’associer à la sortie d’Uma Land, qui donnera lieu à leur première tournée européenne. Le groupe tourne à l’international depuis trente ans, mais n’avait encore jamais joué ici. C’est une grande chance de pouvoir s’associer et de se retrouver sur une date de sortie commune avec No Suicide Act ! »
Uma Land sera au Sonic à Lyon le 5 mars avec No Suicide Act, qui sort en parallèle son album live, « Destruction lyrique ».